Zone euro : l'inflation monte à 3 % en août, du jamais vu depuis 10 ans

(Conception : Mathilde Hodouin – Réalisation : Amandine Victor)

L’événement évoque irrésistiblement une crue décennale. L’inflation en zone euro a atteint 3 % en août dernier sur un an glissant, a déclaré l’office statistique de l’Union européenne (Eurostat) ce mardi 31 août. C’est du jamais vu depuis novembre 2011. La hausse sur les prix à la consommation n’était que de 2,2 % en juillet — contre de 1,9 % en juin dernier. L’inflation accélère et dépasse ainsi largement l’objectif de la Banque centrale européenne (2 %). De quoi relancer le débat sur la politique monétaire accommodante de l’institution ? La question inquiète les marchés, mais la BCE assure que le phénomène n’est que « temporaire »

Pourquoi un tel bond de l’inflation ?

Ces tensions sur les prix reposent sur plusieurs facteurs. Tout d’abord, citons la flambée des prix de l’énergie. Le pétrole et le gaz ont ainsi joué un rôle majeur dans le phénomène. En août dernier, le secteur de l’énergie a enregistré la hausse annuelle la plus élevée (+15,4 %) — très loin devant les biens industriels hors énergie (+2,7 %), l’alimentation, alcool et tabac (+2 %) et les services (+1,1 %). Par ailleurs, l’inflation en zone euro a également été portée par les pénuries de composants dans l’industrie — suite à l’arrêt de la production en 2020 à cause des mesures sanitaires. En 2021, la production n’a toujours pas repris au rythme de la demande.

La pénurie de microprocesseurs — qui frappe de plein fouet l’industrie automobile européenne — illustre bien notre propos. L’inflation en Allemagne a ainsi atteint un niveau beaucoup plus élevé (3,4 %) que celle de la France (2,4 %) qui reste bien en dessous de la moyenne de pays de la zone euro. Cette tendance conjoncturelle liée à la réouverture de l’économie devrait toutefois se résorber progressivement jusqu’à disparaître d’ici début 2022, d’après certains économistes. Dans une interview accordée le 25 août dernier à Reuters, Philip R. Lane, membre du directoire de la BCE, a affiché une vision plutôt optimiste pour les mois à venir.

BCE, stratégie de la force tranquille

Certes, l’inflation pourrait ainsi atteindre 3,5 % d’ici fin 2021. Toutefois, elle devrait ensuite retomber à environ 1,6 % dès 2022 — d’après de nombreux économistes. Christine Lagarde, présidente de la BCE, affirmait le 22 juillet dernier que l’inflation serait « temporaire ». L’institution européenne reprenait ainsi l’analyse de son homologue américaine, la Réserve fédérale (Fed). Peu de chance de la voir changer son fusil d’épaule pour la rentrée, lors de sa réunion du 9 septembre prochain. La politique monétaire au sein de l’Union européenne (UE) devrait rester très accommodante… au moins durant le troisième trimestre 2021.

Quelques voix discordantes se sont cependant déjà faites entendre. Robert Holzmann, gouverneur de la banque centrale autrichienne, a ainsi plaidé ce mardi 31 août pour une réduction des rachats d’actifs (tapering) au quatrième trimestre 2021. « Nous sommes maintenant dans une situation où nous pouvons réfléchir à la façon de réduire les programmes spéciaux pandémiques », a-t-il insisté lors d’un entretien accordé à Bloomberg. Reste à savoir si cette opinion minoritaire pèsera sur les décisions de la BCE dans les mois à venir. Pour l’heure, l’institution semble plutôt jouer la patience, et attendre calmement la décrue de l’inflation.